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Le 1er mai brisé de la révolution syrienne à Paris

Pris dans le second tour d’une élection présidentielle avec l’extrême droite qualifiée pour la seconde fois en quinze ans, ce 1er mai promettait d’être celui de tous les dangers.

Il n’a pas déçu.

Les militants de la révolution syrienne rassemblés dès 14H rue de Lyon, devant l’Opéra Bastille, pour y attendre le passage du cortège partant de la Place de la République en ont fait les frais les premiers.

«Jusqu’à l’heure prévue, vous baissez les drapeaux !»

Il est 14H00. La Place est vide.

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Les drapeaux tricolores ornés de trois étoiles rouges s’élèvent et s’affichent. Mais un policier vient trouver les organisateurs et leur indique que la pratique est interdite … Depuis le jour même. «Jusqu’à l’heure où commence votre autorisation, vous baissez les drapeaux !». L’ordre en est donné en arabe à la cantonade.

Interrogé, le policier rétorque qu’il ne s’agit pas d’une interdiction sommaire mais d’une mesure de protection contre des «casseurs». Un militant, peu francophone, se hasarde à brandir un drapeau pour les quelques automobilistes qui empruntent encore la rue de Lyon. Un policier plus gradé vient le trouver, légèrement plus détendu que son collègue.

«On n’a rien contre votre cause, on respecte beaucoup vos idéaux», assure le fonctionnaire. «Mais on a donné une consigne pour votre protection et il faut s’y plier. Pour l’instant, il n’y a que lui qui nous pose problème !» Le drapeau est aussitôt replié sans discussion.

Les minutes s’écoulent, interminables. Un peu de tractage à l’attention des passants, soit peu réactifs soit bienveillants, pas d’incident.

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A force de patience et d’attente, l’heure légale d’autorisation de manifester est largement dépassée. L’un des organisateurs, Michel Morzière, annonce qu’il est «temps de sortir les drapeaux», lesquels font aussitôt leur réapparition et s’exposent, désormais librement, aux mains des militants.

Une banderole ornée des visages de détenus du régime Assad est déployée le long des barrières de protection de l’angle de la rue de Lyon et de la Place de la Bastille, où doit passer le cortège qui pourra ainsi voir la délégation. La sono joue des chants de la révolution.

Tout se déroule pacifiquement. Pas pour longtemps.

«Ça ne sert plus à rien de rester ici. Dispersion immédiate.»

Il est déjà 15H30. Un cycliste d’allure africaine ou antillaise qui s’est arrêté pour prendre le tract que lui tendait un militant commence à contrecarrer ses propos à grands coups de vulgate conspirationniste, invoquant bientôt le fameux pipeline d’Iran un temps mis en vedette par Jean-Luc Mélenchon. Même l’intervention de l’universitaire et syndicaliste Gérard Lauton n’y fait rien. Le cycliste, dogmatique à l’excès, s’éloigne.

Au même moment, à l’autre bout de la Place de la Bastille, du côté du Boulevard Richard Lenoir, des détonations se font entendre et des fumées jaillissent. Très vite, les militants comprennent qu’il s’agit en effet de casseurs. Dans les secondes qui viennent, la place est envahie de jeunes à l’allure menaçante, pour certains au visage masqué. L’angoisse gagne les militants.

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A nouveau, les organisateurs donnent consigne de baisser les drapeaux, puis de se regrouper en carré. Mais très vite, ils comprennent que le danger les a déjà dépassés.

«Inutile que nous restions ici, surtout s’il y a parmi nous des réfugiés qui n’ont pas encore leur statut et que la Police leur met la main dessus. Dispersion immédiate, chacun rentre chez soi», demande Michel Morzière d’un ton laissant transparaître son inquiétude.

Un groupe de militants, drapeaux à la main, longent l’Opéra Bastille vers la rue du Faubourg Saint-Antoine, mais avant de pouvoir l’emprunter, ils tombent sur un cordon de CRS. Subitement, des tirs de lacrymogènes s’abattent sur la Place, juste au bord du trottoir, dans un mouvement parfaitement coordonné.

Subitement pris à la gorge, les yeux remplis de larmes, chacun tente de dissimuler son nez : une écharpe, son blouson, ou même sa main nue. Des femmes supplient les CRS de laisser le passage vers la rue du Faubourg Saint-Antoine, mais peine perdue.

Les militants syriens tentent le tout pour le tout, enjambent les barrières de sécurité et courent se réfugier dans la Cour Damoye, dont l’accès est protégé par une grille qui vient d’être ouverte pour les accueillir. A des militants toussant et crachant par terre, pour certains quasiment aveuglés par les larmes, il y est remis bouteilles d’eau et flacons de collyre.

Au bout de quelques minutes, les gaz dissipés, les militants ressortent et se dispersent. Certains tentent à nouveau leur chance rue du Faubourg Saint-Antoine, d’autres veulent reformer le groupe malgré la consigne de dispersion.

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Mohamad Taha

Mohamad Taha, coorganisateur, est resté seul. Il exhorte trois CRS de le laisser accéder à la Place de la République pour repartir. «Regardez, les casseurs sont là-bas, ça ne sert à rien de nous bloquer ici !», ajoute-t-il à bout de nerfs. «Ça n’a pas de sens !»

Inflexibles, les trois policiers refusent, leur ton se fait menaçant. Nous devons nous-mêmes intervenir pour calmer les esprits.

Mohamad Taha s’éloigne sur la rue de la Roquette, y retrouvant un autre militant lui aussi touché par les lacrymogènes.

C’est jusqu’à la Place Léon Blum que marcheront les deux révolutionnaires syriens avant de se séparer, non sans s’être souhaités, d’un ton ironique et dans un éclat de rire : «Bonne Fête du 1er mai !».

«On se croirait en Syrie !»

Les CRS avaient été pris à partie, ils se sont défendus ; légitime défense. Mais à quoi servait de tirer des lacrymogènes sur des manifestants non-violents ? La lourdeur de cette réaction à des actes certes inadmissibles, mais venant seulement de quelques-uns, ne pouvait que choquer les membres de la délégation syrienne. Mohamad Taha ne put retenir un accablant «On se croirait en Syrie !».

Quelques-uns des militants reformeront un groupe et porteront à son terme l’autorisation de manifester. Mais pour la révolution syrienne, le 1er mai 2017 restera une défaite, imputable tout à la fois à des casseurs et aux policiers qu’ils avaient pris pour cible.

Reste à l’élection présidentielle qui se termine à leur apporter justice, avec la défaite d’une extrême droite alliée de Bachar al-Assad et utilisant comme un épouvantail Daesh et sa barbarie terroriste.

 

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This entry was posted on 02/05/2017 by in Démocratie, Révolution syrienne.

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