My Global Suburbia

Thinking Global, Reporting Local

Comment porter encore le message de la révolution syrienne ?

«Je redoute trois journaux plus que cent mille baïonnettes», disait Napoléon Ier.

Au début du dix-neuvième siècle, lorsque n’existait ni radio, ni télévision, ni Internet, seulement des journaux papier que, quand bien même, une importante partie de la population était incapable de lire, l’empereur français qui avait mis sans complexe l’Europe entière à feu et à sang avait déjà compris qu’un désavantage militaire valait somme toute mieux qu’une opinion publique hostile.

Aujourd’hui, en Syrie, un Bachar al-Assad qui a certes réussi à repousser son opposition armée mais n’a plus militairement le contrôle de son pays, n’ayant au demeurant rien du génie militaire d’un Bonaparte en son temps, semble avoir compris à tout le moins que ce dernier avait raison de privilégier la communication.

En quelques mois, une interview au magazine français Paris Match, une visite de quatre parlementaires français et, plus récemment, un reportage de Libération glorifiant les unités féminines du régime face aux rebelles sont autant de prises de guerre de la dictature des Assad dans la bataille de l’opinion publique. Jusqu’à John Kerry, le Secrétaire d’Etat américain, qui déclarait voici quelques semaines qu’il faudrait «négocier» avec Bachar el-Assad, avant de se reprendre devant le tollé mais non sans que le mal ait été fait.

Pour avoir gagné ces batailles, le régime n’a pas pour autant gagné la guerre – ce qui n’est pas non plus le cas de la révolution syrienne, mise à mal par un Daesh à laquelle le grand public l’identifie à tort, l’idée du «Plutôt Bachar que Daesh» faisant son chemin au détriment de celle-ci.

C’est ce constat qui a amené le Comité de la Déclaration de Damas à Paris (CDDP) à organiser ce samedi 28 mars au Syriana, café syrien de la Porte de Clignancourt, une conférence-débat sur le thème «Les revendications du peuple syrien sont-elles encore audibles par l’opinion publique ?».

Animé par Sakher Achawi du CDDP, le débat avait pour intervenants :

Isabelle Hausser, romancière et ancienne magistrate, épouse du diplomate français Michel Duclos qui fut notamment Ambassadeur de France à Damas à la fin des années 2000,

Salam Kawakibi, chercheur syrien en sciences politiques et relations internationales, coordonnateur de projets à l’Arab Reform Initiative,

Marie-Claude Slick, formatrice en journalisme, ancienne grand reporter à TF1, co-auteur de plusieurs tribunes dans la presse française en soutien à la révolution syrienne,

Ziad Majed, politologue libanais, chercheur et professeur de politique internationale à l’Université américaine de Paris, auteur en 2013 de l’essai Syrie : La révolution orpheline.

De g. à d. : Sakher Achawi, Isabelle Hausser, Salam Kawakibi, Marie-Claude Slick et Ziad Majed.

Marie-Claude Slick : L’image, une fausse alliée

L’ancienne grand reporter de TF1, qui soutient activement plusieurs associations d’aide médicale et humanitaire en Syrie, rappelle la popularité initiale de la révolution syrienne en 2011, dans la foulée de celles de Tunisie et d’Egypte, et l’afflux à l’avenant des dons aux associations œuvrant sur le terrain. Alors que la rébellion se militarisait puis, dans un second temps, s’islamisait, ce soutien ainsi que les dons aux associations ont eu tôt fait de s’écrouler.

Aujourd’hui, ajoute-t-elle, l’espace médiatique étant envahi par Daesh et ses atrocités, le public a relégué la révolution syrienne aux confins de sa conscience, allant jusqu’à envisager une réconciliation avec le régime Assad qu’il juge comme un moindre mal face à l’organisation terroriste, alors que la situation est beaucoup plus compliquée et ne peut se résoudre à une telle équation binaire.

La journaliste met l’accent sur le rôle des images dans ce conflit, celles que nous montrent les chaînes de télévision et que nous-mêmes, parfois, nous faisons circuler sur les réseaux sociaux, croyant bien faire mais ne pouvant pas être plus que cela dans l’erreur.

Loin d’informer ou d’éveiller les consciences, le trop-plein d’images crée tout au contraire la banalité, et à terme, la distanciation par rapport à ce que l’on veut montrer. Les images d’horreur, prisées par nombre de militants sur les réseaux sociaux, empêchent l’empathie que l’on voudrait qu’elles servent à créer, car elles engendrent au sein du public un réflexe de défense, et là où l’on espère que celui ou celle qui reçoit ces images sera convaincu(e) du bien-fondé de notre action, il ou elle s’en détourne et cela dessert donc la cause au bout du compte.

Celui qui a le mieux compris comment se servir de l’image, parmi tous les acteurs du conflit, immanquablement, c’est Daesh. Disant agir au nom de l’Islam et s’en prenant aux Occidentaux, diffusant des images où il décapite des étrangers qui sont par ailleurs des journalistes, donc des symboles de la démocratie à l’Occidentale, l’organisation islamiste envahit l’imaginaire de l’Occident. Ce faisant, elle paralyse toute réflexion au profit de purs réflexes, d’où le fameux «Plutôt Bachar que Daesh» si populaire en ce moment.

A l’entier opposé des images de Daesh, parmi lesquelles celles de femmes entièrement voilées et réduites à la sujétion, il y a d’autres images, celles de femmes kurdes en uniforme au combat contre les milices du groupe islamiste, par exemple à Kobané. Les Kurdes en lutte contre Daesh ont très bien su comment utiliser ces images pour susciter la sympathie de l’Occident. Comparées à ces femmes armées et vaillantes, des images de mères syriennes prenant tous les risques pour leur famille au milieu des combats auraient-elles eu le même impact à l’écran en Occident ? Rien n’est moins sûr.

Quant aux photos du rapport Caesar, actuellement exposées pour partie au siège de l’ONU à New York, elles montrent sans aucune ambiguïté des atrocités commises dans les prisons du régime Assad à Damas. Sur des photos prises du public de l’exposition, l’horreur se lit sur les visages. Pourtant, l’impact en termes de compréhension des enjeux du conflit ne se fait pas sentir.

Il serait toutefois bien facile de dire aux chancelleries occidentales ce qu’elles doivent entendre au sujet de la Syrie. Quelques mots bien placés suffiraient :

«Voyez comment fonctionne ce régime !

Après la Seconde Guerre Mondiale et la Shoah, vos nations avaient dit : ‘Plus jamais ça’. Mais tout est en train de se reproduire, et vous, vous ne faites rien !».

Pour Marie-Claude Slick, il est déjà bien tard mais pas trop tard. Il s’impose d’autant plus de communiquer utilement que l’absence d’une perspective politique visible en Syrie autre que le maintien du régime crée un vide, lequel ne profite bien entendu qu’à Daesh et, in fine, à Bachar qui se voit peu à peu préféré à ce dernier comme un «moindre mal».

Isabelle Hausser : Faire du discours une arme

La romancière avait écrit, en 2010, un roman intitulé Petit seigneur et qui, avec le recul, s’est avéré être une parfaite prophétie du déclenchement de la révolution syrienne. En avril 2014, elle a également publié Les couleurs du sultan, aucun doute n’étant permis quant à l’identité de ce «sultan» qui est le héros de l’histoire.

En avant-propos, Isabelle Hausser remercie Marie-Claude Slick de son analyse intéressante de la manière dont Daesh a pénétré l’imaginaire occidental alors que, pour leur part, l’Armée syrienne libre et la coalition internationale n’en ont jamais été capables. Pour elle, ce phénomène s’explique par le fait que de nombreux jihadistes combattant aujourd’hui pour Daesh sont originaires d’Occident, ce qui fait qu’ils connaissent les méthodes d’expression en vigueur ici et savent donc ce qui portera le mieux le message de Daesh.

Quant aux Kurdes, Isabelle Hausser rappelle que ceux-ci sont en lutte pour leur indépendance et pour leurs droits depuis des décennies, ayant ainsi pu acquérir une expérience autrement plus importante dans la communication de leur cause.

Pour l’ancienne magistrate, quiconque rêve de voir la Cour pénale internationale se saisir du dossier syrien doit comprendre qu’il n’y a aucun espoir en ce sens, bien sûr à cause des vetos russe et chinois au Conseil de Sécurité de l’ONU. Il faut donc trouver une autre solution.

En introduction de son propos, Isabelle Hausser précise que, même au départ, la sympathie du public français pour la révolution syrienne n’a jamais été vraiment conséquente, ce pour deux raisons.

Le biais anti-arabe et islamophobe traditionnel en France va jusqu’à faire oublier que ce pays a été, en Syrie, puissance mandataire sous la Société des Nations, ce qui serait plus qu’autre chose de nature à lui conférer des devoirs envers le peuple syrien.

L’importance dans cette région-ci du monde des Chrétiens d’Orient amène à tout voir à travers ce prisme et, pour certains, à estimer Bachar préférable car «laïc», alors que la réalité du terrain démontre que c’est entièrement faux.

Dans les milieux décisionnels, la perception du régime est double et semble contradictoire. On sait qu’il est très dangereux, les récentes révélations sur l’attentat de la rue des Rosiers à Paris en août 1982 ayant mis au jour la culpabilité de Hafez el-Assad, mais dans le même temps, on est frappé du «syndrome de Kissinger», du nom de l’ancien Secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger, à savoir que l’on admire la réussite du même Hafez el-Assad qui était parvenu à faire de son pays une puissance incontournable.

L’opinion publique se montre, en dépit des récents coups médiatiques en sens inverse, hostile à une coopération avec Bachar el-Assad. Il est donc possible, et plus encore souhaitable, de réenclencher ce qui peut parler à ce public français – l’identification à un peuple syrien martyr, résistant et désormais sous occupation étrangère, car la France a elle-même connu tout cela dans son histoire. La révolution et la résistance sont des thèmes qui, traditionnellement, font appel à ce qui est moral, rationnel et émotionnel tout à la fois chez les Français.

Face aux faiseurs d’opinion, intellectuels, partis politiques et autres, l’on peut rester dans l’émotionnel mais il faut tout de même lui préférer le rationnel. Il faut disposer de contre-argumentaires, point par point, à opposer à ceux qui voudraient adoucir l’opinion au profit d’Assad.

Par exemple, Hubert Védrine, ancien Ministre des Affaires Etrangères, a déclaré voici peu, allant dans le sens d’un John Kerry : «On a bien discuté avec Staline contre Hitler». Or, une connaissance raisonnable de l’histoire permet de contrer ce propos, ne serait-ce qu’en rappelant le prix qu’a payé toute l’Europe de l’Est pendant près d’un demi-siècle aux compromissions occidentales avec le dictateur soviétique au nom de l’indispensable lutte contre le nazisme.

Quant aux voix qui s’élèvent pour qualifier Assad de «laïc», il suffit de leur demander en quoi il peut l’être alors que son régime, désormais à genoux, ne tient plus que par la volonté et grâce à l’aide de l’Iran, son allié principal dans la région, cette «république islamique» qui est ce que l’on peut imaginer de moins «laïc» en termes d’Etat !

Enfin, avec les décideurs politiques, un seul mot d’ordre : realpolitik, pas de morale. C’est là un moyen de conviction puissant. Par exemple, il est nécessaire, autant qu’il est exact, de rappeler que le principal foyer du terrorisme en provenance de Syrie, c’est bel et bien le régime, et que tant qu’il sera là, il sera donc impossible d’éradiquer la menace terroriste.

Dans cette même veine, il faut expliquer, encore et toujours, qu’il est faux de dire qu’à part Assad, il n’y a personne en Syrie qui puisse diriger le pays. La Syrie possède une élite, avec en son sein des gens qui peuvent s’en charger bien mieux que la famille Assad l’a fait jusqu’ici.

Isabelle Hausser rappelle enfin ce que disait le grand juriste suisse Jean Pictet, figure légendaire du mouvement international de la Croix-Rouge, au sujet de l’action humanitaire : «Ses plus grands ennemis ne sont peut-être ni les armes, ni les catastrophes, mais l’égoïsme, l’indifférence, le découragement», ajoutant en conclusion que l’on le dirait aujourd’hui tout aussi vrai du peuple syrien.

Ziad Majed : Syrie, la révolution incomprise

Estimant qu’il n’a pas grand-chose à ajouter aux interventions de ses deux devancières, le politologue annonce qu’il n’a que deux choses à dire.

Souvent, avant la révolution, le régime – surtout sous Hafez el-Assad – a entrepris d’occulter la société syrienne, de ne faire de la Syrie qu’un objet géopolitique. A part les non-Syriens qui ont visité la Syrie ou vécu là-bas, personne ne peut savoir l’extraordinaire potentiel humain du pays.

Pour les médias, le régime est dangereux, alors il est préférable de ne pas le contrarier. Après tout, on l’a sollicité au Liban, pour faire libérer des otages, ainsi que sur la question palestinienne, et Damas a bien profité aussi du long conflit entre l’Irak et l’Iran.

La dynastie Assad a aussi su jouer sur la laïcité, le nationalisme arabe et l’anti-impérialisme. Il a dans le même temps toujours su adapter son discours en fonction de son interlocuteur, histoire d’avoir de bonnes relations avec tout le monde.

Oui, la révolution syrienne a joui dans les premiers temps d’une certaine sympathie en France et dans le monde. Ce qui y a mis fin, c’est la guerre qui a éclaté en Libye, ainsi que le poids qu’ont pris après le «printemps arabe» les partis islamistes en Tunisie et en Egypte. A l’été 2011, les débuts de la militarisation de la révolution syrienne ont coïncidé avec la fin de l’euphorie par rapport aux révolutions arabes. Le sort de la révolution syrienne dans l’opinion occidentale s’en trouvait ainsi scellé.

A dater de cet instant, les défenseurs du régime ont joué sur la peur de l’Arabie saoudite et du Qatar, vus comme les bailleurs de fonds d’une rébellion vouée à se transformer en force d’oppression islamiste. Quitte à préférer un régime Assad soutenu par un Iran au système politique non moins islamiste …

Lorsqu’a commencé la militarisation, une écrasante majorité de combattants de la révolution n’étaient pas des islamistes. Ils le sont devenus par la suite, lorsque certains groupes ont commencé à recruter en brandissant l’étendard de l’Islam. Dans ce Moyen-Orient marqué par l’iconographie du Hamas palestinien, du Hezbollah libanais et de la résistance irakienne après 2003, l’Islam est un élément fédérateur en termes de lutte armée ; aujourd’hui même, les seules forces de résistance de la région à n’être pas islamistes, ce sont le Fatah en Palestine ainsi que les Kurdes. A part cela, toutes les autres factions rebelles armées de la région sont islamistes, elles sont bien pourvues en fonds et en armes et elles tiennent un discours très mobilisateur.

Pour autant, si un combattant crie «Allahu akbar !», est-ce que cela fait de lui un islamiste ? On confond tout à ce sujet : Musulmans, islamistes, croyants, pieux … Et l’on oublie que, dans des régions marginalisées, en proie au désarroi social, une population qui ne cessait plus de compter ses morts n’a guère pu trouver que l’Islam comme source d’un improbable espoir.

On a ainsi fait des amalgames dangereux, on a commencé à parler d’un péril islamiste alors qu’il n’existait encore qu’à peine. Quant à Daesh, son avènement a procédé d’une prophétie auto-réalisatrice, et aujourd’hui comme en permanence depuis le départ, le sort du peuple syrien se voit totalement occulté par des alternatives délirantes, d’abord «Bachar ou l’islamisme» et maintenant «Bachar ou Daesh».

C’est là que l’on entend les tenants du «l’Orient, c’est compliqué, la dictature y est souvent nécessaire», désavoués par le printemps arabe, savourer une sombre revanche. Cela dit, ils oublient que la mobilisation a bel et bien existé et, ne leur déplaise, existe toujours.

On a évoqué les Palestiniens et les Kurdes ; dans les deux cas, ils ont eu littéralement des décennies pour faire connaître et comprendre leurs causes, et à la révolution syrienne, il va falloir encore du temps pour y parvenir.

Le régime n’a pas été mis en place en 2011 ou 2012, c’est depuis 1982 et le massacre de Hama que l’on connaît sa barbarie. Et cela, il faut en parler, en s’appuyant par exemple sur le site quadrilingue Creative Memory (www.creativememory.org), car ici, l’aspect humain est crucial.

Il faut déconstruire le «Bachar ou Daesh» et ramener le second à ce qu’il est – le fruit pourri du despotisme, en Syrie et ailleurs.

Ziad Majed ajoute qu’il n’est pas entièrement d’accord avec les Syriens qui affirment que Bachar a créé Daesh, estimant qu’il y a plutôt alliance objective entre l’un et l’autre, fondée sur un besoin mutuel. Daesh profite du pourrissement, ainsi que de la catastrophe que fut en 2013 l’attaque à l’arme chimique de la Ghouta.

Quant à Assad, s’il n’était pas devenu si fragile et faible, il n’y aurait pas sur le terrain de milices libanaises, irakiennes et afghanes venues soutenir son régime à la demande de l’allié iranien, a fortiori de la manière inhumaine que dépeint le rapport Caesar.

Ce rapport, conclut Ziad Majed, qui évoque le sort de non moins de onze mille personnes torturées à mort dans les geôles d’Assad, constitue un dossier de première importance, car juridiquement, grâce à lui, on peut prouver sans conteste qu’Assad est le maître d’œuvre de crimes à une échelle industrielle, et l’on parle bien ici de crimes contre l’humanité.

Salam Kawakibi : Comprendre ses échecs, c’est savoir réussir

Le chercheur se définit lui-même comme un «râleur né», un provocateur, rôle qu’il entend tenir jusqu’au bout dans cette discussion.

Il constate une défaillance dans l’explication au public de la révolution syrienne, et l’observateur ou participant qu’il a été lors de nombreuses conférences et réunions en tire un constat accablant : à chaque fois que quelque chose a été possible, qu’une occasion d’agir se présentait, la révolution syrienne a «loupé le coche».

Tout avait très bien commencé, pourtant. Une première réunion d’envergure à l’Odéon avait donné le signal d’une lutte magnifique, mais hélas, chaque orateur a monopolisé la scène et le message d’ensemble a fini par lasser. Peu après, à la Mutualité, un nouveau rassemblement a traîné en longueur, à tel point que les techniciens ont été obligés, à 22H00, de couper l’électricité et tout le monde a dû partir.

Un public habitué aux «petites phrases» ne supporte plus que l’on détaille. A l’époque de la guerre civile en Algérie, un chercheur bien connu, spécialiste souvent invité sur les plateaux de télévision, était régulièrement coupé dans ses interventions ; après avoir appris à faire plus concis, il est devenu le plus performant des orateurs sur le sujet.

Ce dédain envers les lois de la communication, Salam Kawakibi en fait le reproche à de nombreux chercheurs, en ce compris lui-même. «Je fais donc mon autocritique, à distinguer de l’autoflagellation que je laisse au Hezbollah !».

Il se souvient que, dans les premiers temps du conflit armé, l’un de ses amis, journaliste français de télévision, était parti en Syrie et avait contacté sur place des gens que le chercheur lui avait recommandés. Peu après, le journaliste avait appelé Salam Kawakibi et s’était plaint qu’aucun d’entre eux n’était jihadiste. Il est allé jusqu’à demander à Salam Kawakibi : «Tu ne veux pas leur demander de me parler en se présentant comme des jihadistes ?».

A tous ces journalistes qui demandent «D’où sortent tous ces slogans religieux ?», une seule réponse à faire : non, la société syrienne n’est pas devenue islamiste ! Elle a toujours été conservatrice, et s’il en est ainsi, c’est parce que, depuis le départ, le régime Assad a tout fait pour empêcher la moindre réforme.

Au plan judiciaire, toutes les preuves recueillies contre le régime suffisent largement à obtenir son inculpation dans un cadre international. Et pourtant, David Crane, ancien procureur américain du Tribunal spécial pour le Sierra Leone créé par l’ONU, a affirmé que les innombrables éléments vidéo incriminant la dictature ne valaient rien devant une juridiction internationale, car elles posent un problème en termes de traçabilité.

A ce problème en répond un autre, qui est la malheureuse existence de conflits entre Syriens eux-mêmes pour l’exploitation des preuves visuelles, et qui n’est lui-même qu’un aspect d’un problème plus vaste : les Syriens n’arrivent pas à travailler ensemble.

Convaincre l’opinion publique mérite que l’on y consacre un effort, que font déjà certaines associations comme, en France, Revivre, présidée par Michel Morzière. Il faut cibler les sujets à traiter, ne pas parler de tout en même temps, là où tant les Assad que Daesh ont très bien compris que se concentrer sur un seul point précis peut être plus que suffisant.

Quant aux journalistes étrangers, plus ou moins consciemment, ils se voient réduits à servir de serpillières et de marchepieds à la dictature ! Il faut donc travailler sur les médias, s’adresser aux professionnels sans les attaquer frontalement et déconstruire la manière d’aborder tel ou tel sujet.

Dans ce contexte, selon Salam Kawakibi, il est tout à fait déplacé de la part de révolutionnaires syriens de demander qu’une personne donnée, qui se veut opposante au régime Assad mais n’est généralement pas considérée comme représentative de la révolution, soit interdite d’antenne en France. Ce comportement, digne exclusivement de la dictature, n’est pas à reproduire, d’autant qu’il n’a la plupart du temps d’effet que l’entier contraire de celui escompté. Ce qu’il faut, c’est proposer des personnalités alternatives, et dans les rangs de la révolution syrienne, ce n’est pas ce qui manque !

Débat avec la salle

Après la fin des interventions s’est ouvert le débat avec l’assistance, lors duquel ont été traitées des questions aussi diverses qu’intéressantes, même si elles n’étaient pas toujours en rapport direct avec le thème de l’événement.

L’on a ainsi parlé de l’histoire de l’Empire ottoman, de celle du mandat français en Syrie, et d’une tendance de la civilisation mondiale d’aujourd’hui à valoriser la violence.

Intervenants et auditoire se sont toutefois accordés sur le besoin de créer des structures de travail adaptées, ainsi que pour dire que la fin du régime Assad ne doit ouvrir la voie en Syrie qu’à la création d’un Etat de droit, et surtout, en conclusion, sur une idée que chacune et chacun doit avoir bien présente à l’esprit : il n’est pas trop tard.

Advertisements

One comment on “Comment porter encore le message de la révolution syrienne ?

  1. Pingback: Comment porter encore le message de la révolution syrienne ? | Souria Houria – Syrie Liberté – سوريا حرية

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

Information

This entry was posted on 31/03/2015 by in Révolution syrienne.

Archives

Photos Flickr

Follow My Global Suburbia on WordPress.com

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Join 15 other followers

%d bloggers like this: