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Madaya : En Syrie, la faim comme une arme de guerre

Une fois de plus, en Syrie, Bachar el-Assad utilise la faim comme une arme contre son peuple, et sur les réseaux sociaux, ses partisans qui s’en amusent prennent en photo leurs repas copieux pour narguer les habitants de la ville choisie comme nouvelle cible – Madaya, dans le sud-ouest du pays à la frontière du Liban.

Ce samedi 9 janvier, les militants franciliens de la révolution syrienne ont investi une nouvelle fois la Place Joachim du Bellay, au cœur de laquelle trône la Fontaine des Innocents, pour dénoncer cette énième escalade dans l’horreur qui rappelle à un monde tétanisé par le terrorisme de Daesh, l’ «État islamique», quelle est l’origine réelle des atrocités, y compris celles de Daesh, dans le conflit en Syrie depuis bientôt cinq ans : l’obstination du régime de Damas à n’accorder aucune concession à son peuple qui, en 2011, suivant les Tunisiens, les Égyptiens et les Libyens, s’est soulevé pour la liberté.

Si les rassemblements du samedi des Syriens de Paris, que ce soit à la Fontaine des Innocents ou Place Edmond Michelet au pied du Centre Beaubourg, non loin de là, n’attirent généralement qu’une vingtaine de personnes, ce sont quelques cent militants qui s’étaient déplacés pour cette première fois de l’année 2016, dans un Paris toujours en état d’urgence et une France qui s’est défaite de son «Ni Bachar, Ni Daesh» unique parmi les grandes puissances et qui rassurait la révolution syrienne.

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Affamer pour couper du monde

Arborant des pancartes revêtues de slogans tels que «Halte à Assad, halte au siège de la faim», «Sauvez les civils de la faim imposée par Assad», «Sauvez Madaya des terroristes du Hezbollah», les militants syriens ont interpellé les Parisiens, dans ce quartier bondé comme toujours en période de soldes, sur le martyre de Madaya où, depuis six mois, quarante mille civils vivent sous le siège hermétique de l’armée régulière syrienne et de ses alliés des milices du Hezbollah, le mouvement politico-militaire chiite libanais.

Ce n’est pourtant pas la première fois que Damas s’arroge le droit d’affamer ses citoyens insurgés. A Homs, l’Armée arabe syrienne, comme se nomment elles-mêmes les troupes du régime, exécute sa basse besogne avec l’appui du même Hezbollah, et à Deir Ezzor, elle partage ce privilège de cruauté avec Daesh …

Devant le drame, l’ONU, la Croix-Rouge et même le Gouvernement français, malgré sa récente volte-face, ont appelé Damas à permettre un accès humanitaire d’urgence à Madaya. Mais même un accord de cessez-le-feu signé par l’Armée arabe syrienne et les défenseurs de Madaya, sous l’égide des Nations Unies, voici plus de quinze jours, n’a pas permis l’accès de la ville aux organismes humanitaires, les troupes du régime ayant refusé par quatre fois de laisser les camions remplis d’aide atteindre enfin la population civile de Madaya.

«Si l’ONU n’est même pas capable de faire appliquer un simple accord de cessez-le-feu et d’aide humanitaire,» tonne Mohamad Taha, archéologue originaire de Palmyre et militant de premier plan de la révolution syrienne en France, «comment entend-elle contribuer à la résolution du conflit sur un plan politique pour toute la Syrie ?»

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Bombarder moins pour nourrir plus

Pourtant, depuis quelques mois, on voit bien que lorsque la volonté y est, l’usage de la force est possible en Syrie. Il l’est contre Daesh, par une coalition internationale à laquelle participe la France et au sein de laquelle les frappes françaises se sont d’ailleurs intensifiées depuis les attentats du 13 novembre, sans pour autant que l’organisation terroriste sur place en sorte affaiblie à ce jour ou que, depuis la France même, les départs de jeunes et de moins jeunes pour le territoire tenu par Daesh en vue d’y rejoindre les rangs de ses jihadistes aient cessé de croître ou diminué.

Depuis la reculade des grandes puissances occidentales après leurs menaces d’intervention armée contre le régime à l’été 2013, lorsque l’arme chimique fut utilisée par les troupes gouvernementales dans la Ghouta de Damas, il n’a plus jamais été question de punir militairement le régime syrien.

Bien que timorée, la position française restait néanmoins celle du «Ni Bachar, Ni Daesh» revendiqué par la révolution syrienne. Mais les attentats de novembre ont amené Paris vers un compromis hésitant et confus : d’abord neutraliser Daesh, si besoin est avec l’aide de la Russie, puis veiller au changement politique en Syrie, un jour sans Bachar qui ne peut y prétendre à aucun rôle, un jour avec Bachar que Vladimir Poutine ne lâchera jamais, le surlendemain sans Bachar à nouveau … Tout cela sur fond de frappes contre Daesh aux effets plus que discutables.

Mais Madaya ne prouve-t-elle pas qu’il n’est justement pas temps de changer ainsi de conduite en faveur de Bachar el-Assad ?

«Nous savons ce que ressentent les Français suite à ces attentats, nous qui vivons nous aussi en France,» répond Mohamad Taha. «Mais ce n’est pas une raison pour ne pas condamner les exactions du régime syrien et de ses alliés du Hezbollah, soutenus par l’Iran. Et plus encore que condamner, il faut agir. Depuis le début de la révolution, je n’ai de cesse de le dire : ce que nous voulons, ce sont des actes, pas des mots.»

Des actes, il y en a pourtant … Mais contre le seul Daesh, jugé responsable par lui seul du terrorisme, jamais Bachar el-Assad n’étant mis en cause, si ce n’est que l’on en vient, du paria international que l’on avait fait de lui et ce non sans raison première, à l’envisager à présent comme un allié dans le combat contre le terrorisme. Et pour Mohamad Taha, c’est là l’ultime signe de l’incompréhension totale des décideurs quant au problème fondamental de la Syrie.

«Ce que les politiques ne veulent pas comprendre, c’est que Daesh est un parasite qui s’est greffé sur la Syrie ! Daesh c’est Bachar, peut-être Damas n’a-t-il pas créé Daesh mais, en tout cas, pour le premier, le second va dans le bon sens. Si l’on ne se débarrasse pas de Bachar, non seulement il ne sera jamais possible de se débarrasser du terrorisme mais, au contraire, celui-ci ne fera que croître encore. D’ailleurs, sur le terrain, on voit bien que même les bombardements de soixante pays n’empêchent pas Daesh de conquérir de nouveaux territoires.»

Sans doute est-ce aussi là le fondement de l’ultime erreur que dénonce Mohamad Taha, celle qui frappe aujourd’hui les habitants de Madaya en même temps que le siège imposé par l’Armée arabe syrienne et ses supplétifs d’outre-frontière libanaise.

«Tous ces pays qui lancent des bombes, et touchent beaucoup plus ainsi la population civile que Daesh, ne peuvent-ils pas larguer à la place quelques caisses d’aide alimentaire ? C’est faisable. Et c’est légitime. S’ils sont capables de se promener comme ça dans le ciel syrien, ils peuvent prendre le temps, au milieu de leurs bombes, de lancer quelques sacs de nourriture aussi …»

Pour l’heure, le martyre de Madaya se poursuit, sous les publications sournoises sur Internet des soutiens du régime, expliquant que s’il se soumettait, le peuple de Madaya mangerait à sa faim, les réseaux sociaux concernés semblant peu désireux d’y mettre bon ordre.

Sauf que, lorsqu’il a suivi la vague du printemps arabe en 2011, le peuple syrien, à Madaya et ailleurs, n’a pas voulu finir devenir un esclave un peu mieux nourri. Et ne veut aujourd’hui encore ni de la servitude, ni du terrorisme.

 

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This entry was posted on 10/01/2016 by in Révolution syrienne.

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