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Dans le monde entier, les Syriens ont dit non à la fausse conférence de paix de Sotchi

Quel est le point commun entre les villes de Munich et Sotchi ? Les Jeux Olympiques.

La capitale bavaroise les a accueillis en 1936, l’athlète afro-américain Jesse Owens y ayant infligé un splendide camouflet à la propagande raciste nazie, puis en 1972, avec l’épisode tragique de la prise d’otage perpétrée par le groupe terroriste Septembre Noir qui vit la mort de onze membres de la délégation d’Israël. La célèbre station balnéaire de la Mer Noire fut quant à elle le théâtre des Jeux Olympiques d’Hiver 2014, sur fond d’annexion russe de la Crimée et d’emprise sur l’est de l’Ukraine.

Peut-être en existera-t-il bientôt un second – celui d’être la ville natale d’une honte mondiale. Pour Munich, celle de la capitulation des démocraties française et britannique devant l’annexion des Sudètes par l’Allemagne nazie en 1938, et pour Sotchi, celle d’un «Congrès sur la Syrie» convié à l’initiative des présidents russe Vladimir Poutine et iranien Hassan Rohani, alliés déclarés de Damas. Censée produire un accord de paix définitif, la conférence ne sera toutefois pas ouverte aux révolutionnaires syriens, sauf s’ils s’engagent à avaliser en préalable le Président syrien Bachar al-Assad comme chef d’État légitime de son pays. Et certains envisagent de le faire.

Dix jours en amont de Sotchi, c’était aux révolutionnaires qui refusent cette impossible concession, qui scellerait la mort de leur cause, de se manifester, littéralement, à travers le monde. Une conférence mondiale numérique, tenue simultanément dans trente-deux villes du Canada à l’Australie ainsi que dans onze localités de Syrie, dont certaines en zone de combat, a rassemblé ce 20 janvier les Syriens voulant dire non à l’arrêt de mort de leur révolution que constituerait une participation rebelle à Sotchi. A Paris, c’était la Salle Odette Pilpoul de la Mairie du 3ème Arrondissement qui a accueilli, à partir de 14H, la Rencontre des Syriens Patriotes et Révolutionnaires.

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A 14H, Najwa Sahloul, universitaire franco-syrienne, a ouvert le volet parisien de l’événement sur une minute de silence pour les victimes que fait chaque jour le conflit armé en Syrie, puis sur l’hymne national syrien Mawtini (Ma patrie).

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Najwa Sahloul

C’est ensuite une authentique conférence mondiale qui s’est tenue quatre heures durant, en direct sur Facebook avec un animateur qui annonçait les interventions des uns et des autres et, surtout, le lieu de la transmission.

A Paris, les orateurs, en langue arabe avec interprétariat simultané en français disponible avec port d’un casque, furent Samira Moubayed, de l’organisation Syriens Chrétiens pour la Paix ; Zakwan Baaj, Coordonnateur principal des Coordinations syriennes dans le Monde ; Fida Hourani, médecin, membre historique de la Déclaration de Damas ; Marwan Elesh, Coordonnateur général adjoint de l’Union des Coordinations syriennes ; Samih Choukeir, auteur-compositeur ; Linda Baris Elia, de l’Organisation démocratique assyrienne ; Hussein Hamadeh, juge, Président du Comité administratif de l’Organisation syrienne pour la Justice et le Salut national ; Fawaz Kanho, membre du Comité de soutien à la Révolution syrienne aux Pays-Bas (Het Syrische Comité) ; et un émissaire des Syriens réfugiés dans le Maghreb.

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Samira Moubayed

Par Facebook, ce sont les révolutionnaires syriens en Australie, Allemagne (Hanovre), aux États-Unis (New York), en Turquie (Istanbul), Russie (Moscou), Roumanie et Suède (Stockholm) qui ont pu s’adresser aux participants. En Syrie même, les villes d’Al Bab, Douma, Idleb et Deraa se sont faites entendre, la première intervention prévue, celle de Nizar Alsmadi depuis la Ghouta, ayant dû en revanche être annulée en raison d’un bombardement sur place, bien entendu par les forces du régime que l’expression de la dissidence dérange à ce point, ce même régime que la Russie veut mettre au cœur d’une conférence de «paix» à Sotchi. Ça commence bien !

 

 

 

 

 

 

Dans toute la diversité de leurs origines, religions ou fonctions au sein de la révolution syrienne, les participants à la Rencontre se sont toutes et tous accordé(e)s sur les raisons de l’indispensable refus de toute représentation, de droit ou de fait, des révolutionnaires à Sotchi.

Une trahison de la souveraineté syrienne

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Zakwan Baaj

«Trahison», c’est le mot qui est revenu le plus souvent pour désigner toute tentation de ce genre. Sotchi est une ville russe, et depuis septembre 2015, quarante huit mille soldats russes appuient les troupes du régime Assad à l’initiative du Président de la Russie, Vladimir Poutine. Comment ce dernier peut-il prétendre convier une conférence de paix, a fortiori avec l’appui de l’Iran intervenant lui aussi indûment en Syrie, dans le pays que ses propres forces armées sont en train de martyriser ?

La Syrie, berceau de l’humanité et terre natale du premier alphabet de l’histoire, renferme une civilisation sept fois millénaire. Elle n’a pas à se voir imposer son avenir depuis un pays étranger qui s’emploie à la détruire.

Même avec des troupes russes, iraniennes, libanaises du Hezbollah, afghanes et autres présentes sans droit ni titre sur sa terre, le peuple syrien demeure souverain et une conférence de paix imposée par un État étranger, a fortiori l’un de ces États occupants, est nulle et non avenue. «La Syrie n’est pas une boîte aux lettres», a proclamé Fida Hourani, et l’ignorer ne sera jamais de nature à y amener la paix et la justice.

Une trahison du bon sens

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Fida Hourani

Convoquer une conférence de paix en exonérant d’emblée le régime Assad de toute responsabilité, c’est un défi au bon sens et à la réalité de l’histoire syrienne contemporaine. Pour Hussein Hamadeh, «Assad a lié sa personne même à la stabilité de la Syrie, à tel point que, pour lui, c’était ‘Moi ou le déluge’.»

Cette narrative n’existe pas qu’en Syrie, tant les adversaires de la révolution à travers le monde, thuriféraires de la conspiration américaine et/ou sioniste et/ou salafiste contre Bachar al-Assad, reprennent ce même argument pour défendre l’idée d’une présidence sans fin du tyran syrien.

Comme l’a rappelé Samih Choukheir, «Il faut rejeter toute grille de lecture basée un complot des États-Unis et d’Israël, celle que propose notamment une certaine gauche déformée». Ce qui exclut de se rendre à Sotchi, où cette grille de lecture sera dogme.

Une trahison des revendications du peuple syrien pour ses droits

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Marwan Elesh

Les revendications des révolutionnaires syriens sont légitimes, à commencer par celles pour leurs droits, au premier rang desquels le droit à l’autodétermination quant au régime politique qu’ils désirent – ou non. Et le peuple syrien a clairement dit qu’il ne voulait plus d’un État qui emprisonne ses citoyens pour leur seule opposition politique aux dirigeants, lorsqu’il ne cause pas leur «disparition» forcée.

Les Syriens veulent une loi démocratiquement adoptée, qui protège les minorités et consacre l’égalité tant entre les différents groupes ethniques ou religieux qu’entre hommes et femmes, une loi juste et stable dans des domaines de la vie d’un pays aussi divers que la fiscalité, l’état-civil ou l’investissement.

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Samih Choukeir

Fawaz Kanho a souligné qu’il fallait désormais une «République syrienne», et non plus seulement une République arabe syrienne comme celle des Assad. «Nous devons pouvoir accueillir nos frères kurdes», a également déclaré Samih Choukheir. Rejeter la haine et le sectarisme que prônent depuis toujours les Assad, c’est un autre droit que revendiquent les Syriens révolutionnaires.

Participer à la conférence de Sotchi, ce serait renier chacun de ces droits. Alors, si l’on se veut révolutionnaire, pourquoi même envisager de le faire ?

Une trahison de la communauté internationale

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Linda Baris Elia

Le principe a été posé dès le départ – à Sotchi, personne ne sera le bienvenu qui n’exige, du moins accepte, le maintien de Bachar al-Assad au pouvoir, ainsi que les infimes modifications à la Constitution de la République arabe syrienne proposées par la Russie pour réduire les prérogatives du Président syrien tout en lui permettant de concourir encore pour deux mandats.

La preuve en est, la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution, instance reconnue comme représentant légitimement le peuple syrien par plusieurs institutions internationales et de nombreux États, parmi lesquels la France, n’a pas été invitée.

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Hussein Hamadeh

Comme lors d’autres rencontres, notamment à Astana, c’est là court-circuiter le processus dit «de Genève» sous les auspices de l’ONU, lequel prévoit bel et bien le départ d’Assad au profit d’un comité de transition investi des pleins pouvoirs. Quelle paix juste et durable pourrait émaner d’un tel bras d’honneur à la communauté internationale ?

Sans oublier l’indispensable jugement des criminels de guerre devant une juridiction internationale, que ce soit la Cour pénale internationale ou un tribunal pénal ad hoc comme ceux ayant siégé pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda.

Communiqué final : un front uni, non à Sotchi

La rencontre s’est close sur la lecture du communiqué final, qui reprenait l’ensemble des arguments les plus mis en avant par les participants. Un texte au mot d’ordre sans ambiguïté.

5. Fawaz Kanho

Fawaz Kanho

Les révolutionnaires syriens disent non à Sotchi, qui ne sera jamais une conférence de paix ou, comme le prétendent ses organisateurs, de «dialogue national syrien», mais uniquement une tentative de réhabilitation de Bachar al-Assad. Quiconque s’y rendra en prétendant représenter l’opposition syrienne ne représentera donc en réalité personne et sera considéré comme ayant choisi son camp, celui du régime, donc, comme ayant trahi la révolution de mars 2011.

Non à Sotchi, mais ce n’est pas un non à toute tentative de solution politique. C’est un non à toute tentative de résolution du conflit qui n’ait pas pour effet de remplacer le régime Assad, de préparer en lieu et place une démocratie régie par l’État de droit, garantissant la pluralité ethnique et religieuse ainsi que des droits égaux pour tous les citoyens, mais aussi, bien entendu, le jugement devant un tribunal international de toute personne ayant versé le sang de civils syriens.

Non à Sotchi, car non à toute prétendue initiative de paix excluant la fin immédiate du siège des villes, l’accès total à celles-ci pour toute intervention humanitaire ou distribution d’aide et la libération de toutes les personnes détenues ou «disparues» de force.

Non à Sotchi, car aucune paix ne sera possible sans le départ de tous les combattants étrangers de Syrie et leur comparution en justice pour les crimes commis par les forces auxquelles ils appartiennent, forces qui doivent être considérées comme des puissances occupantes en territoire syrien.

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Non à Sotchi, mais oui à toute conférence de paix sérieuse et équitable, respectant les dispositions de la Résolution 2254/2015 du Conseil de Sécurité de l’ONU et les termes du Communiqué de Genève du 30 juin 2012, à l’issue de la Conférence dite Genève I, pour une transition qui soit sans Bachar al-Assad et conduite par un comité investi des pleins pouvoirs.

Et enfin, une fois encore, non à Sotchi d’une seule voix, un comité de suivi des conclusions de la rencontre étant créé qui aura pour tâche de veiller à ce que les groupes prétendant parler au nom de la révolution respectent le mot d’ordre.

Oui à la paix, non à Sotchi, ont dit les Syriens libres depuis la Syrie et à travers le monde.

Un instant de grâce

Pour cet événement en totalité autofinancé, une contribution fut demandée à l’auditoire, aussi modique soit-elle car, en pareil cas, chaque euro compte. Le montant récolté dépassa les 1 300 €, et lorsque l’interprète annonça qu’elle refusait la somme de 500 € qui devait être son honoraire, rien n’ayant pu la convaincre d’accepter le salaire de son labeur de quatre longues heures, la somme finale devint celle de 1 800 € au bas mot, couronnée d’un instant de grâce, celui qui se produit lorsqu’une personne neutre, une professionnelle sollicitée contre rémunération, trouve la cause de ses clients d’un jour si juste et pertinente qu’elle décide en fin de compte de lui faire don de son travail. Là où il est notoire que le régime Assad obtient rarement une quelconque prestation sans mettre la main à la poche …

Si, comme l’écrit Corneille dans Le Cid, «Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes», alors les présidents ne sont pas plus que cela et un message leur étant envoyé du monde entier ne pourra que leur parvenir, celui des millions de tués, de blessés, de déplacés et de réfugiés du conflit armé qu’est devenu par la force des choses une révolution pacifique.

«Toute chose a sa fin», ont conclu les organisateurs. La rencontre, oui, car tout ce qui devait être dit l’avait été. Mais la révolution syrienne, orateurs et auditoire étaient unanimes, jamais, jusqu’à la victoire.

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